Ostéopathe.
Formatrice.
Penseuse.

Écrits de terrain — pouget-leroy.fr

Sophie Pouget-Leroy sur la via ferrata d'Evolène

01

Penser

Essais, prises de position épistémiques, ce qui résiste à la simplification.

02

Toucher

Cas cliniques, observations terrain, ce que les mains savent avant le mot.

03

Résonances

Sources extérieures qui traversent, jazz, lecture, rencontres inattendues.


Palpation sans licol

Toucher

Le temps suspendu

Une jument de quatre ans, un box, un nid d'hirondelles au-dessus. Ce matin-là, quelque chose s'est dilaté.

Carte mentale matrice tenségrale

Penser

Sommes-nous des ostéopathes ?

Notre identité professionnelle ne se construit pas malgré les tensions qui la traversent. Elle tient par elles.

Résonances

Sonny Rollins et l'improvisation maîtrisée

Ce que le jazz enseigne sur l'expertise incarnée. Et pourquoi le praticien qui ne sait plus où sont ses mains joue mieux que celui qui les surveille.

Mains sur un poulain

Penser

L'humilité de l'expert

Quand un praticien aguerri ne trouve plus ses mots. Ce que ce silence révèle sur la construction de nos perceptions.



Sophie Pouget-Leroy au Kentucky

Sophie
Pouget-Leroy

Ostéopathe animalier OA247
Technicien dentaire équin conventionné
Formatrice
Conférencière


Il y a des moments, en consultation, où tout s'arrête. Le cheval cesse de résister. Les mains trouvent ce qu'elles cherchaient sans qu'on leur ait dit où chercher. Ce silence-là, entre le praticien et l'animal, est devenu ma boussole.

Je suis ostéopathe animalier et technicien dentaire équin. Mais avant ça, je suis quelqu'un qui capte, les collègues au travail, la qualité d'un geste, la concentration dans une salle de formation. C'est en captant les autres que j'ai compris ce que je voulais devenir.

On peut perdre ses mains. Pas physiquement, perceptivement. La surcharge efface la sensation, installe le pilote automatique. J'ai traversé ces périodes. Les reconnaître m'a ramenée à l'essentiel : revenir aux bases, aux perceptions, au détail.

Ce site est le prolongement d'une curiosité qui refuse de se fixer. Des disciplines, des livres, des rencontres improbables, tout ce qui vient bousculer ce que je croyais savoir.


En 2025, j'ai obtenu un master en Management des établissements de formation et de recherche en santé à l'Université de Haute-Alsace. Visée recherche, pédagogie, management.

Ce que ce cursus m'a donné, ce n'est pas un vocabulaire supplémentaire. C'est la capacité de nommer ce que je faisais déjà sans pouvoir le dire. Mettre des mots sur des concepts, articuler le savoir et l'expérience, exiger de soi une réflexivité plus rigoureuse.

Pas un jour ne passe sans que je mobilise ce que j'y ai appris.


Pratique

Ostéopathie animalière OA247
Dentisterie équine conventionnée
Formation — numéro DREETS

Transmission

Direction de mémoires — ostéopathie animale
Mentorat de jeunes praticiens dentaires équins
Conférencière (Symbiostéo 2019, congrès FFTDE)

Collectif

Trésorière, Collectif des Ostéopathes Animaliers
Rédactrice Ostéo4Pattes



01

Penser

Essais, prises de position épistémiques, ce qui résiste à la simplification.


Carte mentale matrice tenségrale

Juin 2026

Sommes-nous des ostéopathes ?

Notre identité professionnelle ne se construit pas malgré les tensions qui la traversent. Elle tient par elles.

Mains sur un poulain

Juin 2026

L'humilité de l'expert

Quand un praticien aguerri ne trouve plus ses mots. Ce que ce silence révèle sur la construction de nos perceptions.



02

Toucher

Cas cliniques, observations terrain, ce que les mains savent avant le mot.


Palpation sans licol

Juin 2026

Le temps suspendu

Une jument de quatre ans, un box, un nid d'hirondelles au-dessus. Ce matin-là, quelque chose s'est dilaté.



03

Résonances

Sources extérieures qui traversent, jazz, lecture, rencontres inattendues.


Mai 2026

Sonny Rollins et l'improvisation maîtrisée

Ce que le jazz enseigne sur l'expertise incarnée. Et pourquoi le praticien qui ne sait plus où sont ses mains joue mieux que celui qui les surveille.



Contact


Pour toute prise de contact — question, proposition de collaboration, intervention ou simplement prolonger une lecture.

sophie@pouget-leroy.fr



Toucher

Le temps suspendu

Juin 2026


Palpation sans licol

Il y a une jument de quatre ans dans ce box. Grande, à l'œil. L'examen statique ne fournit pas d'indice. Mon intuition, première étape du raisonnement clinique avant la phase analytique, semble silencieuse. En dynamique pourtant, quelque chose ne passe pas entre l'avant et l'arrière, une coordination qui accroche sans que je sache encore où.

Je suis seule dans le box avec cette jument. J'observe l'environnement. Je ferme la porte.

Au-dessus, dans l'encadrement, un nid d'hirondelles. Des petits. Et les parents qui tournent, qui attendent. Ma présence dans le box contrarie leur instinct. Ils ne peuvent pas rentrer nourrir les leurs sans me voir.

Je mets du temps à rentrer dans ma consultation. Je ne sais pas combien. À un moment, les hirondelles sont là, autour de moi, faisant leurs allers-retours. Je ne saurais pas dire quand elles sont revenues. Elles nourrissent leurs petits. Je ne les effraie plus.

Mes mains reçoivent quelque chose que je ne sais pas mettre en mots. Pas une information codable, pas un signe clinique identifiable. Un flux. La jument ne bouge pas. Moi j'ai l'impression de flotter autour d'elle, comme si l'espace s'était légèrement dilaté et le temps avec.

Une joie immense d'être autorisée à ressentir ça. Les larmes au bord, pas de tristesse, de quelque chose d'autre. Et en rentrant chez moi ce soir-là, encore ce cœur qui met du temps à retrouver son volume. Pas inconfortable. Juste grand.

Je ne sais pas si je me suis connectée à quelque chose ce matin-là. Je sais que c'était beau. Et que les hirondelles sont revenues.


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Penser

Sommes-nous des ostéopathes ?

Juin 2026


On sort de formation avec des outils. Mais sommes-nous des ostéopathes ?

Une vingtaine d'années de pratique, trois registres d'exercice simultanés : ostéopathie animalière, dentisterie équine, formation. Un point commun : intervenir sur des systèmes vivants qui ne tolèrent pas la rigidité. C'est là, dans cette multiplicité, qu'une évidence s'est imposée. Notre identité professionnelle ne se construit pas malgré les tensions qui la traversent. Elle tient par elles.

Notre métier se construit sans filet. Pas de mémoire collective stabilisée, pas de modèle identitaire transmis de génération en génération. Les cadres réglementaires bougent, la reconnaissance sociale reste fragile, les formations divergent. On apprend à faire. Rarement à être.

Ce vide n'est pas un manque provisoire en attendant que la profession mûrisse. C'est la condition structurelle dans laquelle chaque OA construit son identité. Et cette condition, si on ne la nomme pas, devient un angle mort.

La tenségrité désigne une structure stabilisée par la dualité synergique entre forces de tension et de compression, refermée sur elle-même. Les forces ne s'échappent pas du système : elles se redistribuent. Aucun élément ne tient seul. Aucun n'est hiérarchiquement supérieur aux autres. C'est l'équilibre des tensions qui produit la forme, la stabilité, le mouvement.

J'ai reconnu là quelque chose que je vivais sans pouvoir le nommer.

Notre identité professionnelle fonctionne de la même façon. Quatre pôles en tension permanente : l'identité en devenir, la professionnalisation, l'accompagnement, la congruence. Aucun ne se stabilise indépendamment des autres. Toucher l'un déplace les trois restants.

L'identité en devenir, c'est ce que l'exercice déplace en nous à mesure qu'on pratique. Pas un état qu'on atteint. Un processus qui ne s'arrête pas.

La professionnalisation, c'est la navigation dans un champ encore instable : composer avec les tensions entre formation reçue, reconnaissance sociale et engagement personnel.

L'accompagnement, c'est la posture de celui ou celle qui soutient l'élaboration d'une pratique située sans imposer de forme prédéfinie.

La congruence, empruntée à Rogers, c'est la cohérence dynamique entre ce qu'on ressent, ce qu'on pense et ce qu'on exprime dans la relation. Pas une transparence totale. Une fidélité intérieure ajustée à ce qui se vit.

Ce que la matrice rend visible, c'est que les tensions entre ces quatre pôles ne sont pas des problèmes à résoudre. Elles sont constitutives de la trajectoire. Stabilité et mobilité. Intériorité et extériorité. Reconnaissance et autonomie. Technique et sens.

Un OA qui doute de sa légitimité n'est pas en échec. Il habite une tension réelle, structurelle, que le métier produit par nature. Un formateur qui ne sait plus comment nommer ce qu'il transmet n'a pas raté quelque chose. Il est arrivé au bord de sa zone proximale de développement — là où ce qu'il sait faire ne suffit plus à dire ce qu'il fait, et où un accompagnement situé peut ouvrir ce que la pratique seule ne peut pas dénouer.

La matrice ne résout pas ces tensions. Elle donne un cadre pour les habiter sans s'y perdre.

Ce travail a commencé dans la pratique, pas dans les livres. La tenségrité s'est imposée comme structure explicative parce qu'elle décrivait ce que j'observais, pas parce que je cherchais une métaphore élégante.

Une version scientifique détaillée de ce travail, avec cadre méthodologique et références complètes, est en cours d'évaluation à La Revue de l'Ostéopathie.


Ressource associée

La carte mentale de la matrice

Les quatre pôles, les tensions constitutives, les repères clés — en un seul document à garder sous la main.

Télécharger la carte (PDF)

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Résonances

Sonny Rollins et l'improvisation maîtrisée

Mai 2026


Sonny Rollins est mort hier.

On associe le jazz à la liberté, à l'improvisation sans filet. Guillaume Erner le retourne ce matin sur France Culture : l'improvisation n'est pas l'absence de contraintes. C'est l'art de jouer avec elles.

Sans partition, tout doit venir de l'intérieur.

Je pense à ça dans la formation. On imagine souvent que l'expert suit le protocole à la lettre, que la maîtrise se lit dans la régularité. Ce n'est pas ce qu'on observe chez les praticiens qui nous fascinent. Eux répondent à ce qui est là, maintenant. Ils trouvent leur chemin en marchant. Ils acceptent la fausse note parce qu'ils savent qu'elle peut devenir un motif.

Dreyfus, dans ses travaux sur l'acquisition des compétences, nomme ce basculement : à un niveau d'expertise suffisant, les règles sont tellement intégrées qu'elles disparaissent. Ce qui paraît naturel est du travail devenu invisible.

L'improvisation n'est pas la liberté de ne rien savoir. C'est la liberté que donne le fait d'avoir tout appris.

Guillaume Erner, L'humeur du matin, France Culture, 27 mai 2026.
Dreyfus H. & Dreyfus S., Mind over Machine, 1986.


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Penser

L'humilité de l'expert

Juin 2026


Il y avait ce monsieur, à l'atelier ROC 2026. Praticien aguerri, regard attentif, la posture de quelqu'un qui sait ce qu'il fait. Quand je lui ai demandé d'expliquer ce qu'il venait de faire, pourquoi il l'avait fait, comment il l'avait senti, il a levé les mains.

Pas pour montrer. Pour chercher.

Les mots ne venaient pas, alors les gestes sont arrivés à leur place. Il mimait ce que ses doigts savaient et que sa tête ne trouvait pas encore. C'était le moment de l'atelier.

Pas un échec. Exactement l'inverse.

Nos perceptions ne sont pas neutres. Elles sont construites par les modèles qu'on nous a enseignés, par les mains de ceux qui nous ont formés, par les milliers de fois où on a posé les nôtres sur un corps et attendu quelque chose. Cette construction est nécessaire. Elle peut aussi devenir un filtre si on ne prend pas le temps de l'interroger.

Ce que l'atelier cherchait à provoquer : créer le léger écart entre ce qu'on croit percevoir et ce qui est là. Quand cet écart apparaît, quelque chose bouge. Le cerveau prédit, la réalité résiste, et c'est dans cet espace que l'apprentissage reprend.

Ce monsieur a mimé. Dans ce mime, il y avait plus de savoir que dans n'importe quelle explication. Il le savait. C'est ça qui l'a ému.

L'humilité de l'expert n'est pas un manque. C'est la preuve que quelque chose s'est vraiment incarné.


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