Il y a une jument de quatre ans dans ce box. Grande, à l'œil. L'examen statique ne fournit pas d'indice. Mon intuition, première étape du raisonnement clinique avant la phase analytique, semble silencieuse. En dynamique pourtant, quelque chose ne passe pas entre l'avant et l'arrière, une coordination qui accroche sans que je sache encore où.

Je suis seule dans le box avec cette jument. J'observe l'environnement. Je ferme la porte.

Au-dessus, dans l'encadrement, un nid d'hirondelles. Des petits. Et les parents qui tournent, qui attendent. Ma présence dans le box contrarie leur instinct. Ils ne peuvent pas rentrer nourrir les leurs sans me voir.

Je mets du temps à rentrer dans ma consultation. Je ne sais pas combien. À un moment, les hirondelles sont là, autour de moi, faisant leurs allers-retours. Je ne saurais pas dire quand elles sont revenues. Elles nourrissent leurs petits. Je ne les effraie plus.

Mes mains reçoivent quelque chose que je ne sais pas mettre en mots. Pas une information codable, pas un signe clinique identifiable. Un flux. La jument ne bouge pas. Moi j'ai l'impression de flotter autour d'elle, comme si l'espace s'était légèrement dilaté et le temps avec.

Une joie immense d'être autorisée à ressentir ça. Les larmes au bord, pas de tristesse, de quelque chose d'autre. Et en rentrant chez moi ce soir-là, encore ce cœur qui met du temps à retrouver son volume. Pas inconfortable. Juste grand.

Je ne sais pas si je me suis connectée à quelque chose ce matin-là. Je sais que c'était beau. Et que les hirondelles sont revenues.