Route vers un client, tôt le matin. La vallée du Haras du Pin se déplie devant moi, sèche sous la lumière rase, cette sécheresse qui n'épargne rien cette année. Je me gare sur le bas-côté. Pas un choix, un besoin qui commande avant que la tête n'ait eu le temps de discuter : m'arrêter pour m'en nourrir.
Je sors quand même mon téléphone, pour garder une trace, et c'est en cadrant que je remarque alors ce qui tournait déjà dans la voiture. Einaudi. Nuvole Bianche, en fond depuis je ne sais combien de kilomètres, sans que j'y prête attention.
Je n'avais pas choisi cette musique pour ce paysage. Les deux étaient déjà là, l'un dans mes oreilles, l'autre devant mes yeux, avant que je les rapproche.
C'est peut-être ça, l'émerveillement : être disponible au moment où les deux se croisent.
Les larmes montent avant que je comprenne pourquoi. C'est la rencontre du paysage et de la musique qui déborde : la beauté, dehors, trouve pile la bande-son qui l'accueille dedans.
Je repars vers mon client. La journée sera longue, comme souvent. Mais quelque chose est resté allumé, qui tiendra jusqu'au soir.
