Sept heures et demie du matin. L'enfumoir refroidit à la menthe fraîche, comme la veille, pour apaiser plutôt qu'affoler. Huit hausses à ramener avant que la chaleur ne monte. Nous sommes deux, mon beau-frère et moi, à les décrocher des corps de ruche.
La veille encore, un ami apiculteur, plus aguerri que moi, m'avait mise en garde. La sécheresse dure depuis des mois. Plus rien à butiner, ou presque. Des abeilles sur la défensive, disait-il, refermées sur ce qu'il leur reste. Je m'y étais préparée, sans savoir à quoi exactement.
Au bac à désoperculer, le couteau en main, je retrouve le geste que je fais chaque jour sur un cheval : assez de tension pour trancher l'opercule, assez peu pour ne pas abîmer l'alvéole que les abeilles reconstruiront à l'identique l'an prochain. Une main qui sait doser avant que la tête n'ait le temps de vérifier. Il faut ralentir pour ce geste-là.
C'est penchée sur cette fine pellicule de cire que quelque chose se déplace. Ces abeilles n'ont rien à me devoir. Elles ont trimé tout l'été pour presque rien, et elles me donnent quand même ce miel, aussi doucement qu'une année d'abondance.
L'extraction se fait lente, sans monter en température. Le nectar coule, épais. Dix-sept virgule deux d'hygrométrie. Cela suffit à mon bonheur.
En fin de journée, on repose les hausses vides sur les corps de ruche. Les abeilles s'y engouffrent pour tout lécher, jusqu'à la dernière trace, avant l'hiver qui vient. Elles pourraient garder ces dernières gouttes pour elles. Elles nous laissent regarder.
Je n'attendais de cette journée que du travail. Les larmes montent sans prévenir, pas de tristesse. Un don qui ne devait rien, reçu les mains pleines de cire.
